Les actus

Costa-Gavras aux Œillades : attention, cinéaste engagé en liberté !

Il y a des invités d’honneur qui apportent des fleurs. D’autres, du chocolat ou leur carnet d’adresses. Costa-Gavras, lui, débarque plutôt avec un pied-de-biche. Pas pour forcer la porte du festival des Œillades, à Albi, mais pour ouvrir quelques placards où le pouvoir aime ranger ses cadavres.

Homme exquis (ancien président de la Cinémathèque française notamment), c’est un privilège d’accueillir cet immense cinéaste qui, depuis plus de soixante ans, fait tousser les puissants, grincer les institutions et transpirer les consciences bien repassées : un hôte de prestige qui ne vient pas inaugurer la sieste, car chez lui, tout est politique !

À 93 ans, le metteur en scène franco-grec n’a toujours pas rendu les armes. Dès son premier film, Compartiment tueurs, il n’a jamais vraiment aimé les œuvres où tout le monde est beau, gentil et d’accord à la fin. Chez Costa-Gavras, la politique n’est pas un décor en carton-pâte derrière une histoire d’amour. C’est le moteur, la panne, parfois l’accident. Et quand la machine s’emballe, il soulève le capot.

Avec l’important Z, il a fait danser la dictature sur un volcan. Avec L’Aveu, il a montré que la vérité pouvait devenir une activité à haut risque. Avec Missing et Amen., il a rappelé que les silences les plus assourdissants sont souvent ceux des gens qui savent. Bref, un cinéaste qui filme pour tenir éveillées les consciences et éviter aux spectateurs de s’endormir debout dans la vraie vie.

Aux Œillades, il sera question de cinéma francophone, bien sûr, mais aussi de cette vieille idée, presque démodée aujourd’hui ou utopiste pour demain, selon laquelle une œuvre peut servir à autre chose qu’à meubler une soirée ou fournir des images aux réseaux sociaux. Un film peut raconter le monde, lui tirer le portrait, lui tendre un miroir dérangeant pour le faire réfléchir et, si nécessaire, lui demander ses papiers.

Et quel meilleur endroit qu’Albi pour recevoir cet empêcheur de tourner en rond ? Une ville de briques, de pierres rouges et d’histoire, où l’on sait que les belles façades ne racontent jamais toutes les histoires, de Toulouse-Lautrec à Rochegude et Pompidou, sans oublier l’amertume des expéditions du comte Lapérouse. Costa-Gavras, lui, a passé sa carrière à regarder derrière les façades. Il y trouve rarement des anges, mais souvent de quoi nourrir un scénario aux multiples remous.

À l’heure où le chaos semble surgir à l’horizon d’un éventuel État de siège, une question sans suspense : faut-il craindre sa venue ? Les politiques, assurément. Les amateurs de consensus, certainement. Les spectateurs, surtout pas. Accompagné du brillant et percutant journaliste Edwy Plenel, il vient nous présenter, en Section spéciale, la série documentaire Le Siècle, consacrée à l’ensemble de sa remarquable filmographie. Vous découvrirez ainsi que sous sa ligne de flottaison intime, le cinéaste qui sort l’artillerie lourde avec finesse est aussi un formidable raconteur d’histoires, convaincu que le cinéma est une aventure collective et que le plaisir de la salle n’interdit ni l’intelligence ni la colère.

Alors, aux Œillades, on lui déroule le tapis rouge. Mais qu’on ne s’y trompe pas : avec Costa-Gavras, le tapis peut aussi devenir un chemin de révélations, à l’image de ce parcours exigeant, sans compromissions et d’une honnêteté exemplaire.

Bienvenue, Monsieur le cinéaste. Et merci d’avoir choisi Albi. Ici, on a de belles briques. Vous, vous n’avez jamais été Un homme de trop et vous avez toujours eu l’habitude de faire tomber les murs, avant Le Couperet…

Partager